Dossier permanent d'un groupe de courageux amateurs de science économique

Ce blog a pour but de garder une trace utile de ce qui s'est dit ou fait ou a été étudié dans le groupe. Il y est pratiqué une totale liberté pour l'insertion des commentaires sur les articles, les articles des membres étant revus par l'animateur avant publication.

mercredi 24 octobre 2012


Krugman et les bulles

 

Paul Krugman[1] publie dans le NYTimes[2] un grand nombre  de billets très courts exprimant son opinion d’économiste sur tous les évènements d’actualité qui l’inspirent ; mais leur brièveté les rend parfois très obscurs  pour beaucoup de lecteurs. Or, il vient de nous donner un article explicitant la justification théorique de ses affirmations péremptoires sur la manière de sortir de la crise. En voici la traduction.

Des bulles, encore de bulles, un conflit conceptuel.

Nous vivons  les séquelles d’une crise financière majeure. Reinhart et Rogoff[3] nous avaient avertis de ce que la reprise serait probablement lente ; j’avais fait de même en me fondant sur moins de justifications historiques. Et cela s’est confirmé.

Mais, en me basant sur les discussions que j’ai entendues, tant dans les blogs que sur les forums comme celui sur le débat de la Chambre des Communes de lundi dernier, il y a beaucoup de confusion, même chez les économistes, sur ce que nous dit réellement le type de reprise lente suivant la crise financière. En gros, il semble y avoir une confusion entre ce qui est habituel et ce qui est nécessaire. Ce ne sont pas les mêmes choses.

Voilà comment j’interprète ce que nous voyons dans les données historiques : la crise financière laisse un excès de problèmes du secteur privé, principalement un excès de dette de quelque sous-ensemble d’agents économiques – ménages, dans le cas des Etats Unis. Parce que ces agents sont soit obligés soit fermement persuadés de réduire leurs dépenses, le taux d’intérêt adapté au plein emploi baisse fortement – et dans le cas d’une crise sévère, tombe largement en dessous de zéro.

Il résulte de ceci que la politique monétaire conventionnelle, qui normalement supporte une grande partie du poids de la stabilisation économique, n’est plus capable de le faire.

A ce stade, il y a d’autres options de politique économique. Vous pouvez appliquer une politique fiscale discrétionnaire, c’est-à-dire une stimulation fiscale, pour accroître la demande ; vous pouvez appliquer une politique monétaire non conventionnelle pour déprimer le « spread » des taux d’intérêt, et/ou augmenter les anticipations d’inflation, ce qui aide à dépasser le problème de la borne zéro[4]. Historiquement cependant, les pays tendent à ne pas appliquer ces mesures, ou ne le font pas sur une échelle suffisante. Pourquoi ? Considérations politiciennes. Confusion intellectuelle. Inertie. Craintes mal placées.

Au fond, cela exige beaucoup plus de clarté et d’unité de poursuivre soit l’expansion fiscale discrétionnaire soit la politique monétaire non conventionnelle que de baisser le taux de la FED[5], et peu de pays font en sorte d’exposer cette sorte de clarté et d’unité. Et c’est pour cela qu’il fallut une guerre pour mettre fin à la Grande Dépression ; il n’y a rien de particulier dans les dépenses militaires d’un point de vue économique, mais en tant que domaine politique Hitler[6] s’organisa pour passer outre aux objections habituelles envers la stimulation.

Cela m’amène aux confusions intellectuelles.

D’abord, je reçois de nombreuses récriminations affirmant que les gens dans mon genre ne sont pas consistants : nous disons que les crises financières sont habituellement suivies par des baisses prolongées, et nous voulons aussi Mettre Fin à cette Dépression Maintenant[7] ! et proclamer que cela peut être fait très vite. Mais ce n’est pas de l’inconsistance : ce sont de simples actions politiques qui pourraient rapidement mettre fin à cette dépression maintenant, de même que c’était de simples actions politiques qui auraient pu rapidement miettre fin aux dépressions passées. Le problème est que les hommes politiques, aujourd’hui et hier, tendent à ne pas prendre ces décisions – et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle quelques-uns d’entre nous écrivent des livres.

Ensuite, il y a beaucoup de confusion sur la différence entre demande et offre. On entend sans cesse que l’on ne peut espérer revenir au niveau d’emploi de 2007, parce qu’il y avait alors une bulle. Mais qu’est-ce qu’une bulle ? C’est une situation dans laquelle des gens dépensent trop – et on ne peut attendre d’eux qu’ils reviennent à leurs anciennes habitudes de dépense. Mais cela ne nous dit pas si d’autres gens peuvent dépenser davantage, de telle sorte que l’économie ne souffre pas d’une dépense d’ensemble inadaptée. Larry Summers[8] aimait dire qu’il n’est pas nécessaire de regonfler un pneu crevé par le trou ; c’est l’évidence même. Oui, les ménages américains très endettés devront dépenser moins dans l’avenir ; mais le gouvernement peut dépenser plus, nous pouvons réduire le déficit du commerce extérieur, et d’une manière générale il n’y a pas de raison que la demande totale doive se réduire en dépit des excès passés de certains acteurs.

Un dernier point : on continue d’entendre l’argument « structurel », selon lequel nous devons nous attendre à un sous-emploi élevé de longue durée parce que cela prend du temps d’adapter les ouvriers du bâtiment aux emplois industriels. Une réponse est que cette description de l’économie est fondée sur des données erronées: les pertes d’emplois n’ont pas été concentrées sur quelques secteurs ou professions, elles ont été largement étalées dans l’économie. Mais il y a aussi une réponse conceptuelle : si le déplacement de travailleurs d’un bout à l’autre des secteurs exige un sous-emploi de masse, comment sont apparues les années de la bulle – quand nous quittions l’industrie pour aller dans le bâtiment – n’était-ce pas des années de sous-emploi élevés ? Pourquoi aller dans les secteurs de la bulle créé plus d’emplois, mais quitter les autres secteurs résulte en mois d’emplois ? Je n’ai jamais entendu une réponse cohérente.

Revenons au cœur du sujet : oui, la suite des crises est habituellement une période pénible. Mais cela est dû au fait que la réponse politique aux crises est généralement mal foutue. Nous répétons la même histoire – mais nous ne devrions pas.

Le Professeur Krugman s’en prend de manière convaincante à ses confrères qui conseillent les auteurs des mesures politiques mal foutues ; nous aimerions maintenant qu’il nous dise les mesures utiles qu’il recommande.



[1] Prix Nobel d’économie 2008
[2] Du 20 octobre 2012
[3] Auteurs de : Cette fois c’est différent : huit siècles de folie financière 2010
[4] Il s’agit du problème posé à l’économie par le taux d’intérêt fixé par la banque centrale à zéro.
[5] Abréviation de Federal Reserve (Banque centrale des États Unis).
[6] Oserons-nous dire que Paul Krugman atteint le fameux point Godwin ?
[7] End This Depression Now ! Titre d’un livre récent (juillet 2012)de Paul Krugman
[8] Célèbre économiste américain, Ancien Secrétaire au Trésor.

samedi 20 octobre 2012


Initiation à l’économie


Résumé de la séance du 17 Octobre 2012


 

Introduction à l’analyse économique.


Chapitre 1 – But : comprendre le monde


Cet ouvrage s’adresse en particulier à l’adulte qui veut simplement mieux comprendre les phénomènes et les problèmes économiques. Simplement doit ici être entendu non comme de manière simple mais comme seulement ; il ne s’agit en effet  ici ni de rechercher l’origine des phénomènes ni de proposer  les solutions des problèmes économiques. Dans ce but le lecteur devra faire l’effort d’adopter le point de vue particulier de l’économiste.

1.       Qu’est-ce que l’économie ?  Définition – Plan de l’ouvrage

Il est difficile de donner une définition simple et complète de l’économie, et la donnerait-on qu’elle ne serait pas acceptée par tous.

-          L’économie étudie la façon dont les individus ou les entreprises utilisent les ressources rares en vue de satisfaire au mieux leurs besoins.

-          Microéconomie : étude des comportements individuels

-          Macroéconomie : étude des phénomènes de société pour expliquer le fonctionnement global de l’économie

-          Tous les comportements humains peuvent être examinés d’un point de vue économique

-          Approche générale des problèmes économiques : Qui décide ? En vue de quels objectifs ? Quels sont les moyens disponibles et les contraintes (ressources rares) ? Quelle est la solution optimale ? Ce à quoi nous sommes tentés d’ajouter : Quels sont les risques et à quel horizon ?

-          Plan : Qui fait quoi ? Comment ça marche ? Les problèmes de l’économie nationale : récession, inflation, chômage et équilibre des échanges extérieurs.

2.       Quelques caractéristiques du raisonnement économique

La théorie est abstraite. Toutes choses égales par ailleurs. Analyse positive (le monde tel qu’il est) et analyse normative (le monde te qu’il devrait être). Attitude du botaniste ou du militant.

Les écoles de pensée : l’analyse orthodoxe comprend deux courants (classique- équilibre des marchés par les prix- et keynésien –déséquilibres nécessitant l’intervention de l’Etat).

Pour une économie « humaine » : satisfaction de tous les besoins de tous les hommes.

Économie humaine : économie historique, politique, sociale et écologique. Idéalement, cette initiation à l’analyse économique demande de fréquenter d’autres domaines (histoire, géographie, démographie, sociologie, philosophie, droit) pour avancer sur la voie de la compréhension du monde.