Sur le Système Bancaire de l’Ombre
encore dénommé Shadow Banking System
Dans un rapport interne (n° 458 du 10 juillet 2010), une équipe de la Réserve Fédérale de New York se livre à une description approfondie du Shadow Banking System.
1. Voilà la traduction de son sommaire introductif.
La croissance rapide du système financier basé sur le marché depuis le milieu des années 80 a profondément changé la nature de l’intermédiation financière aux États-unis. A l’intérieur du système financier basé sur le marché, les « banques de l’ombre » sont des institutions particulièrement importantes. Les banques de l’ombre sont des intermédiaires financiers qui gouvernent la transformation de la maturité, du crédit et de la liquidité sans avoir accès à la liquidité de la banque centrale ou[1] aux garanties du crédit du secteur public. Les exemples de banques de l’ombre comprennent les compagnies financières, les conduits de papier commercial garanti, les compagnies financières spécialisées, les véhicules d’investissement structuré, les hedge funds, les fonds mutuels du marché monétaire, les prêteurs de titres et les entreprises publiques.
Les banques de l’ombre sont interconnectées le long d’une longue chaîne d’intermédiation verticalement intégrée, qui transforme le crédit au travers d’une vaste offre de securitization et de techniques de financement sûres telles que papier commercial garanti, titres et obligations à support collatéral, et rachat. Cette chaîne d’intermédiation relie les banques de l’ombre en un réseau qui est le Système des Banques de l’Ombre. Le S.B.O. rivalise avec le système bancaire traditionnel dans l’intermédiation du crédit aux particuliers et aux entreprises. Au cours de la dernière décade, le S.B.O. a procuré des sources de financement peu coûteuses en convertissant des actifs à long terme opaques et risqués en dette à court terme identiques aux espèces et apparemment sans risques. La transformation de la maturité et du crédit dans le S.B.O. a ainsi contribué de manière significative aux bulles sur les marchés immobiliers résidentiel et commercial avant la crise financière.
Nous démontrons que le S.B.O. devint sévèrement asséché durant la crise financière parce que, comme les banques traditionnelles, les banques de l’ombre pratiquent la transformation du crédit, de la maturité et de la liquidité, mais, au contraire des intermédiaires financiers traditionnels, elles n’ont pas accès aux sources publiques de liquidité, telle que la fenêtre d’escompte de la Réserve Fédérale, ou les sources publiques d’assurance, telle que l’assurance fédérale de dépôt[2]. Les facilités de liquidité de la Réserve Fédérale, et d’autres plans de garantie d’agences gouvernementales, furent une réponse directe aux pertes de liquidité et de capital des banques de l’ombre, et fournirent efficacement soit une sécurité à l’intermédiation du crédit par le S.B.O., ou aux banques traditionnelles pour leur exposition aux banques de l’ombre. Notre étude documente les caractéristiques institutionnelles des banques de l’ombre, discute leurs rôles économiques, et analyse leurs relations avec le système bancaire traditionnel.
2. On trouve ensuite une Note des auteurs qui nous explique la méthode de l’étude (« documenter les origines, l’évolution et le rôle économique du système bancaire de l’ombre ») et son but (« aider les régulateurs les législateurs à réformer, réguler et superviser le processus d’intermédiation du crédit dans un système financier basé sur le marché »).
L’organisation de la monographie comprend quatre sections :
- la description générale du système ;
- le processus d’intermédiation du crédit de l’ombre ;
- l’évaluation de la dimension du système bancaire de l’ombre ;
- les garanties dont bénéficie le système bancaire de l’ombre.
Seule la première section est publiée, les trois autres étant encore en chantier. La seconde section qui est largement illustrée par le graphique de la page trois, si vaste que les auteurs recommandent de l’imprimer dans le format 48 par 36 pouces, permet de comprendre enfin de quoi le Shadow Banking System est constitué, et répondra sans doute à toutes les plus fines questions que les experts pourront poser.
La troisième section qui concerne la dimension du système (dont on a appris dans la première section qu’elle était du même ordre de grandeur que le système bancaire « ensoleillé »), va probablement analyser les causes de sa croissance monstrueuse, identifier ses acteurs et le rôle des institutions qui l’ont permise. Curieusement, elle comprend une sous-section III.3 intitulée : Quelle part du déficit du compte courant US fut financée par la Système Bancaire de l’Ombre ?[3]
La quatrième section décrit les garanties et les garde-fous appliqués au système bancaire de l’ombre, par comparaison avec ceux dont bénéficie l’autre système. Le bénéfice de ces protections n’étant pas institutionnalisé comme il l’est pour le système bancaire normal, il a nécessité des mesures spéciales à l’origine d’effets tardifs. La sous section IV.5 comprend aussi une question intéressante : Ceux qui n’ont pas été protégés : Était-ce une erreur ou non ?
[1] L’usage de « ou » semblerait indiquer qu’ils peuvent avoir accès à l’un ou à l’autre mais pas au deux
[2] federal deposit insurance
[3] Faute d’une analyse rationnelle de cette question (la constitution du solde de la balance courante de dépend pas de choix stratégiques du système bancaire, me semble-t-il) s’il fallait absolument une réponse, je répondrais « la moins bonne part ». On ne voit pas pourquoi, en effet, le système bancaire ensoleillé ferait un cadeau à son confrère de l’ombre.
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