Dossier permanent d'un groupe de courageux amateurs de science économique

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lundi 13 février 2012

La souveraineté monétaire

A partir du moment où une nation choisit de s’ouvrir à l’économie internationale, ce qu’elle décide souverainement, il en résulte des conséquences positives, sans lesquelles elle serait probablement restée en autarcie complète, mais aussi quelques contraintes, comme toutes les décisions souveraines en comportent. La plus connue de ces contraintes est de respecter les usages internationaux sans lesquels le commerce ne peut exister ; et une autre contrainte moins comprise est que si on veut participer au commerce international avec sa propre monnaie (gage de sa souveraineté), il faut que les partenaires commerciaux l’acceptent de leur plein gré car on ne peut les y contraindre. On peut donc dire qu’en décidant de participer au commerce mondial on perd une partie de sa souveraineté monétaire puisque d’autres peuvent porter, en permanence, un jugement sur elle, et même la refuser.

Les limites de la souveraineté monétaire ont été approfondies dans leurs différentes dimensions par la théorie, et il en ressort une sorte de théorème appelé Triangle d’incompatibilité[1]qui s’énonce ainsi :
« Dans un contexte international, une économie ne peut pas atteindre simultanément les 3 objectifs suivants :
- avoir un régime de change fixe
- disposer d’une politique monétaire autonome.
- avoir une parfaite liberté de circulation des capitaux
Par contre, si l’un de ces objectifsest abandonné, les 2 autres deviennent réalisables. »

On en déduit que la zone euro pratiquant la libre circulation des capitaux et ayant une politique monétaire autonome ne peut avoir un régime de change fixe. On voit aussi que si la France abandonnait la monnaie commune dans le but de pouvoir exercer sa souveraineté monétaire en déclenchant (par exemple) une inflation du même métal (politique monétaire autonome), elle devrait choisir entre la libre circulation des capitaux et le régime de change fixe. Ce qui revient à choisir
- soit la libre circulation des capitaux avec un change flottant, ce qui annonce une dévaluation (par le marché) quasiment permanente de la monnaie puisque la politique monétaire visera une inflation des prix permanente également,
- soit un change fixe sans circulation internationale des capitaux, ce qui en période d’inflation monétaire conduit, entre autres
conséquences néfastes, à créer un marché noir des devises, la fuite des capitaux donc le contrôle des changes, le contrôle des importations, etc.

Par ailleurs, les pays hors union monétaire, jouissant donc d’une pleine souveraineté monétaire ne semblent pas en avoir tiré de grands profits dans la récente tourmente ; l’Islande n’a évité la faillite que grâce à l’aide de l’U.E., et même la Suède, pourtant souvent exemplaire dans sa gestion a aussi eu recours au soutien de la BCE. Quant au Royaume-Uni, si jaloux de sa
souveraineté, il y tient pour autant qu’elle lui rapporte ; l’avenir nous dira si elle lui rapporte toujours.

Il y a aussi la catégorie des pays qui jouissent, sans qu’il soit possible d’en douter, d’une totale souveraineté monétaire, comme le Japon et les États-unis, mais dont il est difficile de dire que leur situation économique et financière bénéficie dans des proportions significatives de ce caractère. Et le statut de monnaie de référence mondiale du dollar est maintenant considéré comme réalisant la prédiction faite il y a un demi siècle par R. Triffin sur le destin des nations qui en sont émettrices, à savoir qu’il a une contradiction entre la satisfaction des besoins monétaires nationaux et les besoins mondiaux en monnaie de réserve, et que cette contradiction aurait peut-être atteint son niveau critique pour le dollar.

[1] Ou Triangle de Mundell

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