La production intellectuelle a toujours été stimulée par deux activités sans lesquelles elle ne serait guère allée au-delà de la philosophie : la guerre et l’économie ; elles ont en effet suscité des besoins dont la satisfaction était rendue possible par l’évolution des techniques, elle-même résultant des avancées de la science. Dans les organisations humaines sont donc apparus trois ordres : les savants, les ingénieurs et les stratèges (militaires et civils), qui ont toujours régenté la connaissance. S’interroger sur les rapports avec la connaissance du citoyen, du producteur et du consommateur, c’est donc rechercher les relations entre ces acteurs et les régents de la connaissance.
Le citoyen
Pour le citoyen la connaissance a pour objet la description de l’univers dans toutes ses dimensions. Il sait que cela lui donne accès à des applications utiles à cet objet, comme la prolongation de la vie humaine qui multiplie l’effort des savants, mais aussi à des applications désastreuses pour le genre humain. La nécessité de canaliser les effets du développement de la connaissance est un des buts des organisations mondiales que les citoyens ont créées pour tenter de maîtriser les risques qui en résultent. La situation actuelle dans laquelle la mondialisation économique a précédé la mondialisation politique rend le monde dangereusement instable, sans que la connaissance apparaisse comme une source de solutions adaptées à l’urgence des problèmes. Le citoyen n’a donc rien à reprocher aux savants ni aux ingénieurs, bien au contraire, mais il formule un réquisitoire sévère aux stratèges (civils) qui sont manifestement pris de court par les difficultés actuelles, et qui ne semblent guère capables, aujourd’hui, d’y remédier.
Le producteur
Il est soumis à l’emprise des stratèges qui le régulent pour satisfaire leurs besoins (immenses et variés), et dont il exploite parfois les faiblesses, et noue avec les ingénieurs une relation en général favorable (gains de productivité, solution de problèmes concrets) mais parfois destructrice (innovations majeures). Étant globalement satisfait par la connaissance, il a tendance à vouloir la mettre exclusivement au service de la production (ou de l’économie) comme lorsqu’il revendique une éducation secondaire préparant au travail salarié, ce qui constituerait une dégradation inadmissible de son but, et conduirait les sociétés humaines vers un fonctionnement de fourmilière.
Le consommateur
La relation du consommateur avec la connaissance connaît la plus grande variation : du degré zéro pour lequel l’économie se réduit au pouvoir d’achat, à un niveau ordinaire qui accède à la connaissance (ou plutôt à l’idée qu’il s’en fait) par la publicité et le marketing, et au niveau supérieur qui juge et exerce la pratique de la consommation selon des critères objectifs (résultant de son accès à la connaissance) non de recherche de satiété mais d’équilibre (naturel, social et/ou politique).
Dans le long terme, le citoyen doit se préoccuper de la sélection des dirigeants, le producteur de son insertion dans l’économie globale (qui est en fait l’économie du partage des ressources rares), et le consommateur du partage d’une production limitée de certains biens. Dans le court terme, le citoyen doit vivre la solidarité dans la crise, le producteur doit tenter de survivre, et le consommateur doit contrôler ses appétits artificiels.
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