On comprend aisément que c’est quand les dépenses sont
supérieures aux recettes que la différence est baptisée déficit. Et si on retire des dépenses les intérêts annuels de la
dette, le résultat constitue ce que l’on nomme déficit primaire, ce qui implique que le déficit tout court était
le déficit total (ou déficit secondaire). Mais si la croissance potentielle
n’est pas atteinte, cela résulte au moins en partie d’une conjoncture
défavorable qui a provoqué une baisse des recettes fiscales et une augmentation
des dépenses, ces deux variations constituant le déficit dit conjoncturel. La déduction du déficit conjoncturel du déficit
primaire produit le déficit structurel.
E X E M P L E
Déficit et
dette N-1, N, N+1
|
|||
N-1
|
N
|
N+1
|
|
Croissance en %
|
1,5
|
0,5
|
|
PIB
|
2000000
|
2030000
|
2040150
|
Recettes
|
216347
|
215000
|
|
Dépenses
|
290714
|
300000
|
|
Déficit
|
-74367
|
-85000
|
|
.- Intérêts
|
-48773
|
-50882
|
|
Déficit Primaire
|
-25594
|
-34118
|
|
Déficit Conjoncturel
|
0
|
-10633
|
|
Déficit Structurel
|
-25594
|
-23485
|
|
Dette début d’année
|
1720000
|
1794367
|
|
Dette fin d’année
|
1720000
|
1794367
|
1879367
|
Déficit total en %
|
-3,66
|
-4,17
|
|
Intérêts en %
|
-2,40
|
-2,49
|
|
Déficit primaire en %
|
-1,26
|
-1,67
|
|
Déficit conjoncturel en %
|
0,00
|
-0,52
|
|
Déficit structurel en %
|
-1,26
|
-1,15
|
|
Dette en %
|
86,00
|
88,39
|
92,12
|
C O M M E N T A I R E
On voit que le passage du déficit total au déficit primaire
ne pose pas de problème technique (le montant des intérêts est connu au cent[1]
d’euro près),
-
mais l’idée que l’intérêt de la dette serait une
dépense d’une nature différente des autres est suspecte ; c’est en effet une charge
si peu différente des autres dépenses qu’en cas d’insuffisance de recettes on
ne s’en libère que par le même moyen c’est-à-dire par l’emprunt ;
-
d’autre part l’affaire commence à se compliquer
quand il s’agit d’extraire des comptes nationaux les éléments du déficit
conjoncturel (le tableau ci-dessus simplifie outrancièrement en se contentant
de comparer le total de recettes et le total des dépenses de deux années
consécutives) ; le but étant de minorer le déficit structurel (qui conduit
à de pénibles réformes et à d’encore plus pénibles baisses des dépenses) on imagine les discussions byzantines
que les politiciens professionnels engageront avec Bruxelles ;
-
le résultat dit « structurel » auquel
on parvient après ces deux déductions reflète l’état de l’organisation de la
nation et de ses équipements ; s’il est déficitaire, cela signifie deux
choses : il faut en corriger les insuffisances, tâche de toute façon
utile ; mais cela signifie aussi que la dette va continuer d’augmenter, ce
qui est insupportable au point que nous avons atteint ; l’objectif
impératif du résultat structurel est de dégager un excédent afin de commencer à
réduire le recours à l’emprunt pour entrer dans le cycle vertueux dans lequel
chaque excédent structurel réduit la masse des intérêts, réduction qui permet
une nouvelle diminution du recours à l’emprunt.
Cette analyse est techniquement correcte, il est vrai qu’une
conjoncture défavorable réduit les recettes et augmente les dépenses sociales, causant
ainsi un déficit qui ne se serait pas produit dans une conjoncture ordinaire,
et qu’une prochaine conjoncture favorable permettrait de couvrir. Le problème
ici c’est que nous avons toujours fabriqué des déficits, même dans les
conjonctures ordinaires, même dans les conjonctures favorables ; le pire
étant que nous n’avons jamais connu de
conjoncture si favorable qu’elle aurait compensé le déficit de l’année
précédente, et c’est ce qui explique le niveau actuel de la dette.
A ce point du raisonnement, il reste à répondre à trois
questions :
1.
Toute dépense publique est-elle favorable à l’économie
en général et à la croissance en particulier ? Les opposants à toute
réduction en sont convaincus, ce qui est évidemment discutable, et il a été
démontré par d’autres pays placés devant le même problème que cela est faux.
2.
Il est admis qu’il suffirait que la croissance
progresse plus vite que l’augmentation de la dette pour atteindre, avec le
temps, l’objectif de 60%. Cela suppose
que les conditions de la croissance soient réunies, et en particulier le volume
et l’orientation des investissements et la disponibilité d’énergie.
3.
Le déficit total ne doit pas dépasser le plafond
de 3% (Maastricht et le PSC[2]),
mais on doit admettre que le gouvernement n’a pas la maîtrise à court terme des
intérêts de la dette, c’est donc le déficit primaire qu’il faut étroitement
contrôler, et en particulier le déficit structurel, d’où l’obligation de
diminuer les dépenses de l’État.